lundi 26 janvier 2026

LA MOISSON (RUTH ET BOAZ)

 RÉSUMÉ

 

·       Deux destins, deux choix : Orpa et Ruth, bien que partageant la même grâce divine, réagissent différemment à l’épreuve. Orpa retourne vers ses racines, tandis que Ruth choisit de suivre Naomi et d’adopter le Dieu d’Israël, illustrant la puissance du choix individuel face à l’appel divin. 

·       Transformation intérieure de Ruth : Ruth vit une profonde transformation spirituelle, marquée par la foi, la fidélité et le courage d’embrasser l’inconnu, alors qu’Orpa reste attachée à la sécurité du passé. 

·       Intégration et transgression des barrières : Le choix de Ruth implique de franchir des barrières culturelles et sociales, devenant ainsi un exemple d’intégration et d’ouverture à l’autre dans le peuple d’Israël. 

·       La moisson comme symbole : La saison de la moisson marque une nouvelle étape pour Naomi et Ruth, symbolisant la foi mise en action, la providence divine et la transformation de l’épreuve en bénédiction. 

·       Rencontre avec Boaz : Ruth, en glanant dans le champ de Boaz, bénéficie de sa générosité et de sa protection. Boaz incarne la justice, l’hospitalité et la bienveillance, jouant un rôle clé dans la restauration de Ruth et Naomi. 

·       Signification de la prosternation : Le geste de Ruth qui se prosterne devant Boaz exprime respect, gratitude et conscience de sa vulnérabilité. Boaz répond par la reconnaissance et l’intégration de Ruth dans la communauté. 

·       Leçon d’accueil et de solidarité : L’histoire invite à réfléchir sur notre capacité à accueillir l’étranger, à reconnaître la valeur du courage et de la foi, et à pratiquer la solidarité au sein de la communauté. 

·       Moisson matérielle et spirituelle : Le récit fait le lien entre la moisson agricole et la moisson spirituelle enseignée par Jésus, soulignant l’importance de l’engagement, de la bienveillance et de la confiance en la fidélité divine. 

·       Le pan du manteau : Le geste de Ruth demandant à Boaz d’étendre le pan de son manteau symbolise la demande de protection, de rédemption et d’intégration, préfigurant la grâce offerte par le Christ. 

·       Ruth dans la lignée messianique : Par son mariage avec Boaz, Ruth entre dans la généalogie de David et, par extension, dans celle de Jésus-Christ, montrant que la grâce divine accueille et élève ceux qui s’attachent à Dieu, quelle que soit leur origine. 

·       Appel à la méditation et à la restauration : L’auteur conclut en invitant chaque lecteur à méditer sur sa propre destinée, à s’ouvrir à la grâce et à l’amour divins, et à s’engager concrètement sur le chemin de la découverte de soi sous la lumière du Christ.



LA MOISSON

 

UN NOUVEAU DÉPART

 

«Naomi dit à Ruth: «Tu vois, ta belle-sœur est retournée vers son peuple et vers ses dieux; retourne chez toi comme elle!» 

Ruth répondit: «Ne me pousse pas à te laisser, à repartir loin de toi! Où tu iras j'irai, où tu habiteras j'habiterai; ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu; où tu mourras je mourrai et j'y serai enterrée. Que l'Éternel me traite avec la plus grande sévérité si autre chose que la mort me sépare de toi!» 

La voyant décidée à l’accompagner, Naomi cessa d'insister auprès d'elle.» Ruth 1:15-18 S21

Deux trajectoires qui se croisent, deux destins que nul être humain ne saurait anticiper: Orpa et Ruth, toutes deux marquées par la même faveur divine, ont reçu ce que l’on nomme la «grâce», c’est-à-dire l’opportunité offerte par Dieu d’être relevées malgré les épreuves, de recevoir un amour et une bienveillance qui ne dépendent pas de leurs mérites. Pourtant, cette grâce n’a pas éveillé les mêmes dispositions intérieures chez chacune. 

 

Si Orpa et Ruth ont partagé le même héritage familial, elles ne vivaient pas dans le même «univers spirituel», notion qui désigne la manière dont une personne perçoit et expérimente la réalité invisible: ses croyances, sa sensibilité à la présence et à l’action de Dieu, sa façon de donner sens à ce qui lui arrive. 

 

Pour Orpa, cet univers spirituel restait comme un décor lointain; elle ressentait sans doute la nostalgie de ses racines, le poids de l’incertitude face à un avenir inconnu, et la peur de quitter définitivement tout ce qui avait construit son identité. Son choix de retourner vers son peuple s’accompagne probablement d’un mélange de soulagement et de tristesse, une volonté de se rassurer en retrouvant ses repères, mais aussi une forme de résignation devant l’inconnu.

 

Ruth, quant à elle, a vécu une transformation intérieure, portée par «l’œuvre de l’Esprit»: cette expression désigne l’action discrète mais puissante de Dieu, qui vient toucher le cœur, susciter la foi et éclairer les décisions. 

 

Chez Ruth, cela se manifeste par une confiance nouvelle, une force venue de l’intérieur qui la pousse à dépasser ses peurs et à s’attacher à Naomi, ainsi qu’au Dieu d’Israël. Dans le tumulte de ses émotions, elle éprouve sans doute de l’angoisse et de la solitude à l’idée de s’exiler, mais elle laisse aussi grandir en elle une espérance, celle d’un avenir construit sur la fidélité, le don de soi et une foi renouvelée. Ce contraste saisissant met en lumière la puissance du choix individuel devant l’appel divin: Orpa, tournée vers le passé et la sécurité, reste prisonnière de ses doutes, tandis que Ruth ose embrasser l’inconnu, guidée par une lumière intérieure qui transforme sa vulnérabilité en courage. 

Ainsi, chacune façonne sa destinée selon ce qu’elle accueille de la grâce et de la présence de Dieu au plus profond d’elle-même, illustrant combien l’ouverture du cœur à l’Esprit peut changer le cours d’une vie.

 

Le choix de Ruth s'enracine effectivement dans ce qu'elle a vu et entendu au sein de la famille de Naomi. Son expérience auprès de cette famille, marquée par la foi et la fidélité envers le Dieu d’Israël, a façonné sa perception et nourri son désir d’adopter ce nouveau chemin. 

 

Il est important de rappeler qu’à l’époque, les relations entre Moab et Israël étaient souvent tendues, teintées de méfiance et de conflits à travers l’histoire biblique. En ce sens, la décision de Ruth ne se limite pas à un simple changement de cadre familial: elle implique aussi une transgression des barrières culturelles et sociales, et une intégration exceptionnelle d’une étrangère au sein du peuple d’Israël, ce qui était rare et porteur d’une signification profonde.

 

Sa confession de foi, adressée à Naomi, n'est pas simplement une parole de fidélité humaine, mais une décision profonde de rompre avec son passé et d’embrasser une nouvelle identité. Derrière les mots«Ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu», Ruth exprime le courage de quitter tout ce qu’elle connaît, affrontant l’inconnu et la peur du rejet. 

 

On imagine facilement l’incertitude qui l’habite, les questionnements sur son accueil et les défis personnels à surmonter: la perte de repères, la solitude, et la nécessité de faire confiance en une providence qui dépasse sa propre histoire. Ce geste de foi traduit une force intérieure remarquable et une volonté de s’ouvrir à une destinée nouvelle.

 

Ainsi, Ruth, bien qu’étrangère, devient pleinement participante à l’histoire et à la destinée de Naomi, illustrant la grâce qui accueille et intègre ceux qui s’ouvrent avec foi à l’appel divin. Devant un tel engagement, Naomi s'incline, accepte l'accompagnement de Ruth et retourne parmi les siens. 

 

Nous pouvons aisément imaginer l'abondance de questions animant le partage de leurs réflexions sur le chemin du retour: comment seront-elles reçues? Quel regard la communauté portera-t-elle sur Ruth, la Moabite? Et plus encore, revenir d'un pays étranger les mains vides, c’est alors s’exposer à l’incompréhension et à la vulnérabilité. 

 

Cette histoire invite chacun à réfléchir: comment accueillons-nous aujourd’hui ceux qui choisissent de s’intégrer, de croire et de recommencer? Le message de Ruth résonne encore: il nous interroge sur notre capacité à accueillir l’autre et à reconnaître la valeur du courage et de la foi face à l’inconnu.

 

«Elles firent ensemble le voyage jusqu'à leur arrivée à Bethléhem. Lorsqu'elles entrèrent dans Bethléhem, toute la ville fut dans l’agitation à cause d'elles. Les femmes disaient: «Est-ce bien Naomi?» Elle leur dit: «Ne m'appelez pas Naomi, appelez-moi Mara, car le Tout-Puissant m'a remplie d'amertume. J'étais dans l'abondance à mon départ et l'Éternel me ramène les mains vides. Pourquoi m'appelleriez-vous Naomi, après que l'Éternel s'est prononcé contre moi, après que le Tout-Puissant a provoqué mon malheur?»» Ruth 1:19-21 S21

 

Ce retour marque le début d'une nouvelle étape, pleine d'incertitudes mais aussi d'espérance. À travers leur vulnérabilité, Naomi et Ruth s'apprêtent à expérimenter la provision divine, qui s'exprimera bientôt dans la saison de la moisson. Pour Naomi et Ruth, la moisson n'est pas seulement une période agricole, mais le moment où leur foi va se traduire en actes et en rencontres décisives. 

 

C'est là que commence une nouvelle page de leur histoire : LA MOISSON ! Mais cette saison ne sera pas sans obstacles: Naomi et Ruth devront faire preuve de courage et de discernement pour saisir les opportunités que Dieu place sur leur chemin. Cette période, empreinte de symbolisme, va révéler comment Dieu peut transformer l’épreuve en bénédiction et le dénuement en abondance, pour celles et ceux qui s’en remettent à Lui avec foi.

 

LE PAS DE LA FOI

 

«Ruth la Moabite dit à Naomi: «Laisse-moi aller ramasser des épis abandonnés dans un champ, derrière celui aux yeux duquel je trouverai grâce.» Elle lui répondit: «Vas-y, ma fille.» Ruth alla ramasser des épis dans un champ, derrière les moissonneurs. Il se trouva que la parcelle de terre appartenait à Boaz, du clan d'Élimélec.» Ruth 2:2-S21

 

Ruth, la Moabite – l'étrangère – fait preuve de sagesse et de respect en demandant à Naomi la permission d'aller ramasser des épis de blé dans un champ, dans l'espoir d'être autorisée à ramasser des épis derrière les moissonneurs afin de préparer leur nourriture.

 

Or, dans ce pas de foi mis en action, Ruth s'engage dans un champ où les moissonneurs étaient en activité, et cette parcelle de terre appartenait à Boaz, du clan d'Elimelec, parent de son défunt mari.

 

LA RENCONTRE

 

«Or, Boaz vint de Bethléhem. Il dit aux moissonneurs: «Que l'Éternel soit avec vous!» Ils lui répondirent: «Que l'Éternel te bénisse!» Boaz dit à son serviteur chargé de surveiller les moissonneurs: «A qui est cette jeune femme?» Le serviteur chargé de surveiller les moissonneurs répondit: «C'est une jeune femme moabite qui est revenue avec Naomi du pays de Moab. Elle a dit: ‘Permettez-moi donc de glaner, de ramasser des épis entre les gerbes derrière les moissonneurs’ et, depuis son arrivée ce matin jusqu'à présent, elle est restée debout et ne s'est reposée qu'un moment dans la maison.»» Ruth 2:4-S21

 

Boaz occupe une place centrale dans le livre de Ruth, non seulement en tant que membre du clan d’Élimélec – ce qui fait de lui un parent du défunt mari de Ruth – mais aussi en tant qu’acteur clé dans le contexte social et juridique de l’époque. Dans la société israélite, la loi du lévirat et la coutume du rachat (goël) conféraient à un proche parent le devoir d’assurer la protection et la continuité de la famille d’un homme décédé, en rachetant ses biens et, si nécessaire, en épousant sa veuve. Ce lien de parenté est donc crucial pour Ruth, car il ouvre la possibilité d’un avenir sécurisé pour elle et pour Naomi.

 

Homme respecté à Bethléhem, Boaz se distingue par sa générosité, son intégrité et sa bienveillance, des qualités qui se manifestent concrètement tout au long du récit. Dès leur première rencontre, Boaz accueille Ruth avec bienveillance: il lui offre de l’eau à boire, la protège explicitement des moissonneurs et l’autorise à glaner librement dans ses champs, allant même jusqu’à lui permettre de ramasser au-delà de ce qui était normalement accordé à une étrangère. Par ses paroles et ses actes, Boaz incarne l’hospitalité et la justice, offrant à Ruth non seulement de la nourriture, mais aussi la dignité et la sécurité dans un environnement qui aurait pu lui être hostile.

 

Sa rencontre avec Ruth marque le début d’une relation fondée sur la bonté et la protection, qui va profondément transformer le destin de Ruth et de Naomi. Plus tard, Boaz jouera le rôle de «rédempteur», c’est-à-dire celui qui, selon la tradition, pourra racheter et protéger la famille de Naomi en épousant Ruth.

 

DEVANT QUI SE PROSTERNE-T’ELLE ?

 

«Alors elle tomba le visage contre terre, se prosterna et lui dit: «Comment ai-je trouvé grâce à tes yeux pour que tu t'intéresses à moi, une étrangère?» Boaz lui répondit: «On m'a rapporté tout ce que tu as fait pour ta belle-mère depuis la mort de ton mari et comment tu as quitté ton père et ta mère et le pays de ta naissance pour aller vers un peuple que tu ne connaissais pas auparavant. Que l'Éternel te rende ce que tu as fait et que ta récompense soit entière de la part de l'Éternel, le Dieu d'Israël, sous les ailes duquel tu es venue te réfugier!» Elle dit: «Oh! Que je trouve grâce à tes yeux, mon seigneur, car tu m'as consolée et tu as parlé au cœur de ta servante. Pourtant je ne suis pas, moi, comme l'une de tes servantes.»» Ruth 2:10-13 S21

Ruth et Boaz: prosternation, restauration et providence dans le contexte biblique.

Contexte historique et social de Bethléhem: les étrangers et le glanage.

Au temps de Ruth, Bethléhem fait partie d’Israël, une société structurée autour de la famille, de la terre et de la loi mosaïque. Les étrangers, comme Ruth la Moabite, étaient souvent marginalisés: leur intégration dépendait de la générosité des habitants et du respect des prescriptions bibliques. Le glanage, c’est-à-dire la récolte des épis laissés par les moissonneurs, était un droit accordé aux veuves, orphelins et personnes vulnérables, selon la Loi (Lévitique 19:9-10; Deutéronome 24:19). Cette pratique constituait un filet de sécurité pour les plus démunis, mais n’empêchait pas une certaine précarité sociale et un regard parfois méfiant envers les étrangers.

Le geste de Ruth: prosternation et signification

Lorsque Ruth se prosterne devant Boaz, elle accomplit un geste fort de respect et d’humilité. Dans la culture hébraïque ancienne, la prosternation était une marque de reconnaissance envers une personne investie d’autorité ou ayant accordé une faveur exceptionnelle. Pour Ruth, ce geste exprime sa gratitude envers Boaz, qui lui offre protection et générosité alors qu’elle est étrangère et vulnérable. La prosternation traduit aussi la conscience de sa propre condition: elle sait que, sans la bienveillance de Boaz, elle risquerait le rejet ou l’indifférence.

La réaction de Boaz: reconnaissance, protection et rupture des barrières sociales

Boaz, homme influent et respecté de Bethléhem, répond à la prosternation de Ruth avec une bienveillance remarquable. Il reconnaît le courage et la fidélité de Ruth envers Naomi, sa belle-mère, et décide de lui accorder sa protection. Boaz va au-delà des attentes: il autorise Ruth à glaner librement, la protège des moissonneurs et lui offre dignité et sécurité. Ce comportement brise les barrières sociales; il accueille l’étrangère, valorise ses sacrifices et intègre pleinement sa présence dans la communauté. La générosité de Boaz illustre la possibilité d’une solidarité authentique, même envers ceux qui viennent d’ailleurs.

La portée spirituelle: providence, grâce et restauration dans le récit biblique

La rencontre entre Ruth et Boaz dépasse le simple échange social: elle prend une dimension spirituelle profonde. Dans la tradition biblique, la providence de Dieu se manifeste à travers les circonstances et les personnes: Ruth, venue chercher du pain, trouve bien plus que de la nourriture; elle reçoit accueil, consolation et espérance. La grâce, entendue comme faveur non méritée, est ici à l’œuvre: Dieu agit au travers de Boaz pour restaurer Ruth et Naomi, leur offrir un avenir, et inscrire leur histoire dans la généalogie du peuple d’Israël. Ce récit met en lumière la puissance du réconfort et de l’acceptation, où la fidélité humaine rejoint la fidélité divine.

Conclusion: Impact de la rencontre et message biblique

La prosternation de Ruth, la réaction généreuse de Boaz et la providence divine convergent pour transformer le destin de Ruth et de Naomi. Leur histoire témoigne que la grâce et la bonté peuvent franchir les frontières, restaurer les vies abîmées et ouvrir des chemins d’espérance. Pour le lecteur biblique, ce récit invite à la confiance en Dieu, à l’accueil de l’étranger et à la reconnaissance des actes de bonté, qui sont au cœur de la restauration et du plan divin.


LA VISIBILITÉ DU BESOIN CHEZ L’AUTRE

 

«Au moment du repas, Boaz dit à Ruth: «Approche-toi, mange du pain, trempe ton morceau dans la vinaigrette.» Elle s'assit à côté des moissonneurs. On lui donna du grain rôti; elle mangea à satiété et garda le reste. Puis elle se leva pour ramasser des épis. Boaz donna cet ordre à ses serviteurs: «Qu'elle ramasse aussi des épis entre les gerbes et ne lui faites aucun mal. Vous retirerez même pour elle des gerbes quelques épis que vous la laisserez ramasser sans lui faire de reproches.» Elle ramassa des épis dans le champ jusqu'au soir, puis elle battit ce qu'elle avait récolté. Il y eut environ 22 litres d'orge. Elle l'emporta et rentra dans la ville, et sa belle-mère vit ce qu'elle avait ramassé. Elle sortit aussi les restes de son repas et les lui donna.» Ruth 2:14-18 S21

 

La manière dont Ruth se montre attentive aux besoins de Naomi révèle son charisme remarquable et une profonde générosité. Après avoir été rassasiée grâce au repas offert par Boaz, Ruth ne tarde pas à reprendre le travail, manifestant ainsi sa détermination et son sens du devoir. Boaz, observant l’ensemble de ses gestes, remarque son engagement et sa sollicitude envers Naomi. 

 

De retour chez sa belle-mère, Ruth prend soin de mettre à part une portion de nourriture, consciente que Naomi pourrait en avoir besoin. Ainsi, chaque action de Ruth, liée par une attention constante à l’autre, témoigne de son dévouement et de la bienveillance qui la caractérisent.

 

LE CHAMP DE RUTH

 

«Ruth la Moabite ajouta: «Il m'a dit aussi: ‘Reste avec mes serviteurs jusqu'à ce qu'ils aient terminé toute ma moisson.’» Naomi dit à sa belle-fille Ruth: «Il est bon que tu sortes avec ses servantes, ma fille, et qu'on ne te rencontre pas dans un autre champ.» Ruth resta donc avec les servantes de Boaz pour ramasser des épis jusqu'à la fin de la moisson de l’orge et de la moisson du blé. Elle habitait avec sa belle-mère.» Ruth 2:21-23 S21

 

Naomi, la belle-mère de Ruth, lui conseille de ne pas aller glaner dans d'autres champs. Ce conseil intervient alors que Ruth, une étrangère venue de Moab, s'efforce de subvenir aux besoins de leur foyer après de grandes pertes. En l’encourageant à demeurer dans la moisson de Boaz – un parent bienveillant et généreux – Naomi discerne l’endroit où Dieu veut bénir Ruth. Car là était Sa bénédiction: c’est-à-dire la protection et la provision que Dieu réservait à Ruth à travers la présence et la générosité de Boaz. 

Pour Ruth comme pour le lecteur, rester dans ce champ symbolise la confiance dans la bienveillance divine qui se manifeste concrètement au cœur de l’épreuve.

 

En parallèle avec le récit de Ruth, la thématique de LA MOISSON prend une signification particulière dans l’enseignement de Jésus. Dans Matthieu 9:35-38, Jésus sillonne les villes et villages, enseignant, guérissant et voyant la foule comme « des brebis sans berger », éprouvant pour elle une profonde compassion. Il dit alors à ses disciples« La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson. » Ici, la moisson symbolise la multitude des personnes en attente de secours, d’espérance et de salut, et Jésus appelle ses disciples à devenir des instruments de cette récolte spirituelle.

 

Dans Matthieu 13:36-43, Jésus explique la parabole de l’ivraie: la moisson représente la fin du monde, moment où les justes seront rassemblés dans le Royaume. Ainsi, la moisson, dans l’enseignement du Christ, n’est pas seulement une réalité agricole, mais un temps décisif de discernement, de rassemblement et de grâce. 

Comme dans le livre de Ruth, où la moisson devient le lieu de la providence et de la restauration, Jésus invite ses disciples à reconnaître l’urgence et la grandeur de la mission: être attentifs aux besoins, collaborer à l’œuvre de Dieu et participer à la venue de son Royaume.

 

Cette lecture croisée souligne que la moisson, qu’elle soit matérielle ou spirituelle, est toujours une invitation à l’engagement, à la bienveillance et à la confiance en la fidélité divine.

 

JÉSUS ET LA MOISSON

 

Jésus, lorsqu’il évoque la moisson, insiste sur la nécessité d’ouvriers prêts à s’engager dans la grande mission du salut. Il ne s’agit pas seulement d’une récolte matérielle, mais avant tout d’une moisson d’âmes: des hommes et des femmes invités à emprunter la voie du salut, celle que le Maître offre par le don de Son Fils. 

 

Jésus accepte volontairement de prendre notre place sur la croix, subissant le châtiment qui, selon la foi chrétienne, revenait à l’humanité en raison de son éloignement de Dieu et de ses choix qui l’ont conduite à s’éloigner de la lumière, à adopter des comportements injustes, parfois destructeurs pour soi-même ou pour autrui. Cette perspective montre que l’appel du Christ concerne chaque croyant: il invite chacun à collaborer à cette œuvre de grâce, en partageant la Bonne Nouvelle et en témoignant de l’amour rédempteur manifesté à travers le sacrifice de Jésus. 

 

Répondre à cet appel peut se traduire par des gestes simples au quotidien: écouter et soutenir ceux qui traversent des difficultés, tendre la main à une personne isolée, offrir un mot d’encouragement ou partager un message d’espérance autour de soi. Ainsi, la moisson spirituelle devient le symbole de la restauration, de la réconciliation et de l’espérance offertes à tous ceux qui acceptent ce don divin.

 

La figure de Ruth, humble glaneuse, met en lumière une dimension essentielle : les ouvriers de LA MOISSON ne sont pas seulement ceux qui exercent une fonction visible ou prestigieuse, mais avant tout ceux qui s’impliquent avec fidélité, humilité et persévérance, quelle que soit leur condition. Ruth, étrangère et vulnérable, devient actrice de la bénédiction par sa disponibilité et son engagement concret, montrant que l’appel à LA MOISSON de Jésus s’adresse à tous, sans distinction de statut ou d’origine. Ici, la « moisson spirituelle » désigne l’ensemble des actions et des engagements en vue de la croissance du Royaume de Dieu, c’est-à-dire le travail intérieur et communautaire de partage, de soutien et de témoignage auprès des autres.

 

Ce « revers d’objectivité » montre que Dieu privilégie l’attitude intérieure et valorise les personnes au cœur ouvert, prêtes à servir et aimer.  Ainsi, à l’exemple de Ruth, chaque croyant est invité à répondre à l’appel du Christ non par la grandeur de ses moyens, mais par la sincérité de son engagement et la confiance en la fidélité divine.

De même, dans nos communautés actuelles, chaque geste d’accueil ou de service, même discret, participe à cette moisson spirituelle: offrir son écoute à une personne isolée, prendre le temps d’accompagner quelqu’un en difficulté, ou simplement encourager et valoriser ceux qui nous entourent. Cette perspective invite à une vision inclusive et bienveillante de la mission, où chaque geste, même modeste, trouve sa place dans l’œuvre du Royaume.

 

En effet, ce détail est particulièrement significatif: Ruth entre dans un champ où la moisson bat son plein, symbole d’une abondance providentielle offerte à celles qui, la veille encore, étaient démunies. Sa démarche pour ramasser de quoi nourrir Naomi et elle-même évoque la fidélité de Dieu à subvenir aux besoins quotidiens de ceux qui se confient en Lui. À travers la farine obtenue des épis glanés, Ruth prépare le pain du jour, rappelant ainsi l’histoire de la veuve de Sarepta, à qui Dieu a assuré la farine et l’huile nécessaires pendant la famine, par l’intermédiaire d’Élie. 

Ce parallèle souligne la constance de la provision divine, même dans la détresse.

 

De plus, la multiplication des pains par Jésus, où une foule fut rassasiée à partir de 

quelques pains, s’inscrit dans cette même dynamique d’abondance surnaturelle: là où l’on s’attendrait au manque, Dieu pourvoit largement. L’image de la moisson terrestre rejoint alors celle des «moissons célestes», où la générosité divine dépasse toute attente humaine. Enfin, cette abondance matérielle pointe vers une vérité plus profonde«L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu» (Matthieu 4:4). Ainsi, la nourriture spirituelle offerte par la Parole de Dieu est, elle aussi, une source inépuisable de vie et d’espérance.

 

Lorsque Ruth confesse à Naomi : «Où tu iras j'irai, où tu habiteras j'habiterai; ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu; où tu mourras je mourrai et j'y serai enterrée.», elle exprime une déclaration de foi profonde, fondée non sur ce qui est visible ici-bas mais sur une confiance en la fidélité divine. Ce choix de foi l’a conduite à prendre une décision concrète: entrer dans un champ pour glaner. Par ce geste, Ruth lie son engagement spirituel à une action tangible dans sa vie quotidienne.

 

Le champ dans lequel elle choisit d’entrer n’est pas seulement un lieu de travail: il devient le symbole de la providence divine. Dans ce champ, symbole de la providence divine, Ruth a trouvé non seulement de la nourriture mais aussi une bénédiction inattendue. Ici, «LA MOISSON» représente plus qu’une récolte matérielle: elle incarne la bienveillance de Dieu qui, à travers des circonstances ordinaires, offre à Ruth et à Naomi une restauration et une espérance nouvelles. Mais! le meilleur allait se révéler.

 

LE PAN DU MANTEAU

 

«Sa belle-mère Naomi lui dit: «Ma fille, je voudrais assurer ton repos afin que tu sois heureuse. Eh bien! Boaz, l’homme dont tu as accompagné les servantes, n'est-il pas notre parent? Or, il doit procéder cette nuit au tri de l’orge qui est dans l'aire de battage. Lave-toi et parfume-toi, puis remets tes habits et descends à l'aire. Tu ne te feras pas connaître à lui jusqu'à ce qu'il ait fini de manger et de boire. Quand il ira se coucher, observe l'endroit où il se couche. Ensuite va découvrir ses pieds et te coucher. Il te dira lui-même ce que tu as à faire.» Ruth lui répondit: «Je ferai tout ce que tu as dit.» Elle descendit à l'aire de battage et fit tout ce qu'avait ordonné sa belle-mère. Boaz mangea et but, et son cœur était joyeux. Il alla se coucher au bout du tas de gerbes. Ruth vint alors tout doucement, découvrit ses pieds et se coucha. Au milieu de la nuit, Boaz eut un frisson; il se pencha et vit une femme couchée à ses pieds. Il dit: «Qui es-tu?» Elle répondit: «Je suis Ruth, ta servante. Étends le pan de ton manteau sur ta servante, car tu as droit de rachat.» Il dit: «Sois bénie de l'Éternel, ma fille! Ce dernier trait témoigne encore plus en ta faveur que le premier, car tu n'as pas recherché des jeunes gens, pauvres ou riches. Maintenant, ma fille, n’aie pas peur! Je ferai pour toi tout ce que tu diras, car tout le monde chez nous sait que tu es une femme de valeur.» Ruth 3:1-11 S21

 

À travers ce geste, Ruth manifeste à nouveau son humilité et sa confiance dans la sagesse de Naomi, acceptant de suivre une démarche qui va au-delà des coutumes ordinaires pour solliciter la protection et la rédemption selon la loi du lévirat — une tradition biblique selon laquelle un proche parent d’un homme décédé devait épouser sa veuve afin d’assurer une descendance et de préserver l’héritage familial. 

Le fait que Ruth change de tenue symbolise également une étape clé de son parcours: elle n’est plus seulement la glaneuse étrangère, mais devient une femme prête à entrer dans une nouvelle destinée. Ce changement d’identité montre que, par la foi et la fidélité, il est possible de sortir de l’anonymat ou de la marginalité pour être accueilli et honoré. 

 

Pour le lecteur contemporain, cela souligne que chacun, quelle que soit son histoire, peut vivre une transformation profonde grâce à la foi et à l’ouverture du cœur.

Pour éclairer le symbolisme de la scène, il est important de préciser que la couverture — ou « le pan du manteau » de Boaz — représente plus qu’un simple geste matériel: dans le contexte biblique, recouvrir quelqu’un de son manteau signifiait offrir protection, accueil et alliance. C’est pourquoi, lorsque Ruth demande à Boaz d’étendre le pan de son manteau sur elle, elle sollicite non seulement sa protection mais aussi son intégration au peuple de Dieu.

Pour mieux comprendre la portée de cette scène, une transition vers le Nouveau Testament s’impose: de la même manière que Ruth s’approche humblement de Boaz pour demander la couverture, l’Évangile rapporte l’histoire d’une femme souffrant de pertes de sang qui, dans un geste de foi audacieuse, touche le vêtement de Jésus pour être guérie. 

 

Ces deux récits sont liés par le symbole du vêtement: chez Ruth, la couverture marque l’accueil et la rédemption; chez la femme de l’Évangile, toucher le manteau de Jésus signifie la foi qui sauve et transforme. 

Dans les deux cas, il s’agit d’une foi humble mais déterminée qui ouvre la voie à une vie nouvelle, restaurée par la grâce divine. Ce parallèle invite chaque lecteur à croire qu’une rencontre sincère avec Dieu, fondée sur la confiance et l’espérance, peut opérer une véritable transformation de l’identité et offrir une vie renouvelée.

 

En conclusion, par la couverture de ce manteau, Ruth a reçu de Boaz une alliance unique, une protection suffisante, et le témoignage personnel de la grâce de Dieu. Boaz n’était-il pas l’illustration vivante de Jésus le rédempteur? Dans son geste, Boaz anticipe l’amour sacrificiel du Christ, qui accueille, protège et restaure ceux qui viennent à lui avec foi. Ainsi, la rencontre de Ruth et Boaz devient une préfiguration de la rédemption offerte à tous, invitant chacun à s’abriter sous la grâce du Rédempteur pour entrer dans une vie renouvelée et pleine d’espérance.

 

Le mariage de Ruth avec Boaz n’est pas seulement la conclusion heureuse de leur histoire personnelle: il s’inscrit dans le grand récit biblique de la filiation et de la promesse. De leur union naîtra Obed, qui deviendra le père de Jessé et le grand-père de David, futur roi d’Israël. Ce même David sera, selon la généalogie du Nouveau Testament, l’ancêtre de Jésus-Christ.

 

Ainsi, Ruth la Moabite, par sa foi et son engagement, entre dans la lignée messianique, montrant que la grâce de Dieu accueille et élève ceux qui s’attachent à lui, quelle que soit leur origine.

 

L’union de Ruth avec Boaz ne représente pas seulement une alliance humaine: elle symbolise aussi, dans la tradition chrétienne, la préfiguration de l’union de l’Église avec Jésus-Christ. Tout comme Boaz accueille Ruth, la protège et l’intègre dans son peuple, le Christ accueille l’Église — composée de tous ceux qui croient en lui — et l’unit à lui dans une relation d’amour et de fidélité. La fidélité de Ruth, son humilité et sa confiance illustrent la disposition du croyant envers son Sauveur, tandis que l’initiative de Boaz rappelle le don gratuit de la grâce divine. Ainsi, cette histoire biblique devient un modèle de la relation profonde et transformante entre le Christ et son Église, marquée par la rédemption, la protection et l’espérance.

 

Je rends grâce à Dieu qui, par Jésus, m’a inspiré et conduit à mettre par écrit cette exhortation destinée à tous ceux qui traversent une période de doute, de remise en question, ou qui cherchent un sens à leur vie — qu’il s’agisse de jeunes adultes, de personnes en crise de foi ou de quiconque aspire à une restauration intérieure. Que chacun puisse se découvrir, s’accepter et se reconnaître sous la couverture du Christ, unique rédempteur, source de restauration et d’espérance. Puisse chaque lecteur, après cette lecture, prendre le temps de méditer sur sa propre destinée et de s’engager concrètement sur le chemin de la découverte de soi sous la lumière du Christ. Puissent ces paroles encourager et inciter à vivre pleinement la grâce et l’amour divins.

 

Yves GRAVET

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